La francophonie et le rêve africain

Réunion de la commission « le rêve africain »

Samedi 15 mars – M.A.S. Paris

« La francophonie et le rêve africain »

Mots clés : Afrique, développement, francophonie, langue, langue française, Occident, rêve

Ont participé à la commission de travail (liste non exhaustive)

Ibrahim Kombé, auteur de l'ouvrage « Le chemin dbe la Démocratie en République démocratique du Congo ».

Babacar Dione, chargé de communication coopération décentralisée entre Cergy et Thiès.

Didier Guignard, président de la Fédération Française des familles pour la paix mondiale

Père Paul Quillet, missionnaire au Bénin (SMA)

Alain Raulot, responsable de IRFF - France

Denyse Herbelin, ambassadrice de paix, anciennement à TF1, a une fille métisse de père togolais

William Goussanou, béninois, cabinet d'expertise comptable, tourisme et développement

Dr Juan Federer, diplomate, ambassadeur itinérant de Timor Leste

Laurent Ladouce, rapporteur de la commission « Le Rêve Africain » pour la FPU

Jean-François Moulinet, président de la FPU en France

Mohamed Haouat , président de l'ASILEC

Isidore Ndaywel, historien, fonctionnaire de la francophonie, professeur à Paris I

Patrick Jouan, chargé de relations publiques pour la FPU

Introduction

La question linguistique en Afrique est douloureuse, nous en examinerons quelques raisons. Quelles réponses et solutions apporte la francophonie ? C'est ce que notre commission voulait savoir. Il fallait comprendre en quoi la francophonie sert ou dessert « le rêve africain ».

Les travaux de notre commission ont été marqués par trois interventions du Dr Mohamed Haouat, du Père Paul Quillet et du professeur Isidore Ndaywel. Les deux premières interventions sont disponibles sur ce blog, dans une rubrique particulière. Les diverses interventions du professeur Ndaywel ont été rassemblées en fin du présent document, car il a cherché essentiellement à répondre à des interrogations et des malentendus soulevés lors des discussions.

Le présent document est une synthèse de thèmes transversaux  abordés dans nos échanges. Nous présentons un résumé des diverses opinion exprimées. Différents liens sont indiqués, qui permettent d'approfondir ces questions.

 

1.    Langue et développement en Afrique

Si la commission sur le « rêve africain » a choisi de traiter de la francophonie, c'est que le problème des langues en général est crucial pour le développement africain. La question linguistique est douloureuse en Afrique pour quatre raisons symptomatiques : 

-          Emiettement et isolement linguistique. L'Afrique comporte d'innombrables langues et dialectes ; une richesse humaine mais aussi un défi à l'unité et à la cohésion.. Le site http://berclo.net/page99/99fr-afr-languages.html donne un tableau général des groupes de langues parlées en Afrique. Pour une étude plus approfondie, consulter http://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_africaines

-          Primat de l'oralité. Les langues africaines furent longtemps, dans leur immense majorité des langues orales. Le guèze et l'amharique d'Ethiopie, qui ont un alphabet ancien, sont des exceptions. Aujourd'hui, beaucoup de langues africaines peuvent être écrites et lues. Mais les académies nationales sont très faibles.

-          Des « langues nationales » venues d'Occident. Presque tous les pays africains ont connu une colonisation plus ou moins longue des pays occidentaux. La plupart des pays africains ont pour langue nationale des langues venues d'Europe. D'où un sentiment d'aliénation.

-          Rareté des ressources. Le sous-développement rend difficile les efforts d'alphabétisation, l'impression d'ouvrages, la diffusion des publications. C'est un cercle vicieux.

Un aspect du « cauchemar linguistique » africain est que beaucoup de personnes en Afrique ne maîtrisent pas vraiment au moins une langue, même si elles sont polyglottes. Seules les personnes cultivées s'expriment aisément dans au moins une langue. La plupart des Africains « se débrouillent » dans plusieurs langues sans en maîtriser réellement une seule. Le rapport à soi et aux autres peut en être perturbé.

2.     Francophonie du coeur, de la raison, et francophonie institutionnelle

Plusieurs malentendus se sont exprimés durant notre réunion : la francophonie recouvre en effet des aspects très différents. Certains suscitent une adhésion inconditionnelle, d'autres une aversion difficile à surmonter. Les interventions du professeur Ndaywel et de M. Haouat ont permis de cerner le problème.

Une véritable francophonie du coeur existe en Afrique. Beaucoup d'Africains jonglent avec le français parlé, écrit, ou chanté. Ils se sont appropriés cette langue pour incarner la culture et les valeurs qu'elle incarne et pour y exprimer leur identité. Ils sont convaincus que l'Afrique peut exprimer une partie de ses valeurs dans cette langue, et lui apporter de la nouveauté au plan du vocabulaire, des locutions, du style. Pour eux, la langue française donne à l'Afrique et reçoit de l'Afrique. Nul ne peut contester par ailleurs que l'Afrique est le berceau de la francophonie moderne, même si certains en contestent les motifs Pour eux, pas de doute : le rêve africain se conçoit bien et s'énonce clairement en français, même si tout n'est pas parfait..

Pour de nombreux Africains, le français résulte plutôt d'une nécessité pratique ou d'un mariage de raison. Langue nationale de tous et langue maternelle d'aucun, il est pratique pour communiquer entre ethnies différentes dans un même pays. Langue internationale dans une grande partie de l'Afrique, il permet des échanges internationaux avec des citoyens d'autres pays africains, permet  d'étudier dans les universités francophones, de se faire publier en français. Le français n'a pas le charme de la langue maternelle. Réalité de fait, il présente des avantages et des inconvénients dont on est conscient et dont on s'accomode. On se fait une raison de sa présence en Afrique. Ce français là ne traduit pas le rêve africain, mais il ne le trahit pas trop non plus.

Enfin, un certain nombre d'Africains ont en aversion la francophonie institutionnelle, quand bien même ils aiment la langue française et la parlent aisément. La francophonie comme institution bureaucratique leur semble constituer un obstacle à une véritable émancipation culturelle, politique, économique de l'Afrique.

Un des problèmes souvent soulevé par notre débat, c'est qu'on confond parfois la francophonie informelle avec l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cet organisme beaucoup plus politique et économique que culturel, regroupe des pays qui ne sont pas pour autant ceux où le français est fréquemment utilisé ou reconnu officiellement. Cette Organisation Internationale de la Francophonie se voit reprocher, à tort ou à raison, des pratiques néo-coloniales.
 

3.    La langue française est-elle porteuse de valeurs, et d'un « rêve universel » ?

Notre commission a examiné les caractéristiques du français. Le français est la langue officielle du mouvement olympique. Il est une des six langues de travail de l'ONU, et le secrétaire général de l'ONU doit en principe le parler couramment. L'UNESCO siège à Paris. De là à penser que la langue française est par excellence la langue officielle de la diplomatie mondiale, et d'une certaine unité fraternelle du genre humain, il y a un pas que beaucoup d'idéalistes franchissent. La réalité est différente.

Pour Stelio Farandjis, la francophonie est irremplaçable pour véhiculer des valeurs universelles. Il défend cette thèse dans Philosophie de la Francophonie. Contribution au débat. (L'Harmattan, 1999) et dans Francophonie et humanisme: débats et combats. (Paris: éd. Tougui, 1993 )

Laurent Ladouce a rappelé la thèse de Salvador de Madariaga, diplomate espagnol (1886-1978). Son livre L'anglais, le français, et l'espagnol (Gallimard), essaie de cerner la psychologie nationale de l'anglais, du français et  de l'espagnol.

L'anglais serait avant tout un être d'action, adepte de la philosophie empirique, du droit coutumier. L'anglais s'en tient aux faits et se méfie de la raison continentale (allemande et française), des systèmes et des idéologies. L'anglais est une langue d'action, marquée par un souci du concret et de l'efficacité. Le triomphe actuel de l'anglais reflète le primat de l'économie et des affaires dans le monde moderne, ainsi que la diffusion du cinéma d'action.

Pour Madariaga, l'Espagnol est la langue du coeur et de la passion, véhiculant le courage chevaleresque, le dépassement, l'héroïsme aventurier. L'anglais trouve son salut dans l'action, le français dans la raison. L'espagnol serait une langue mystique, du dialogue avec la transcendance. L'expression « viva la muerte » (vive la mort) exprimerait l'essence du génie espagnol, à savoir le désir de dépasser la finitude, là où le français se plaît dans les périmètres bien délimités (le jardin à la française et ses arbres taillés) et l'anglais dans le réalisme du business.

Le français aime les notions universelles et abstraites, l'esprit de géométrie. Le classicisme et les Lumières marquent un triomphe de la langue et de la culture française ; le français était alors la langue des élites. Le français passe pour une langue précise, dont l'« avantage comparatif », par rapport à l'anglais est reconnu dans des domaines tels que la diplomatie,  l'administration, le droit.

Cartésien, le français se veut une langue de la clarté (« ce qui se conçoit bien s'énonce clairement »). Il cherche l'harmonie et l'euphonie (l'amour du beau style est particulièrement poussé chez de nombreux auteurs français). Au siècle des Lumières, la langue française va véhiculer la notion d'un être humain maître de lui-même et de son environnement, tourné vers le progrès. Madariaga voyait dans le « e muet », le génie de la langue française, ce qui éloigne l'être humain de la nature, du particulier, du terroir, et contribue à en faire un être de raison et de loi, pensant pour l'humanité entière. (Pour approfondir ce sujet, consulter http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Dossiers/Universalite)

Ayant rappelé la thèse de Madariaga, Laurent Ladouce a posé la question : le français est-il la langue d'un certain rêve de l'humanité, une humanité de mesure, d'équilibre, de précision ? Et l'Afrique peut-elle se reconnaître dans cette langue ?

Cette vision du français comme belle langue de mesure et d'harmonie a été contestée par les personnes présentes. Plusieurs ont appelé à ne pas dissocier la langue de la culture des locuteurs. Selon le contexte, le français apparaîtra comme une langue poétique, charmante, ou au contraire comme une langue agressive, voire rude. Le superbe classicisme français du siècle de Louis XIV est aussi l'époque de l'absolutisme, de « l'Etat, c'est moi », de traits autoritaires et centralisateurs que beaucoup estiment consubstantiels à l'esprit français. Les Lumières ont accouché de l'esprit magnifique de l'Encyclopédie, mais il faut aussi rappeler que le rationalisme révolutionnaire justifiera la terreur, plus tard l'impérialisme napoléonien. Est-ce un hasard si les anciennes colonies françaises ont bien plus épousé la révolution violente que les anciennes colonies anglaises ?

En dehors de ces considérations politiques et idéologiques, plusieurs amis africains ont souligné le paradoxe du français. La politesse sociale y est très poussées, mais souvent formelle et froide. Le français ignore souvent la politesse du coeur, le respect affectif, lequel est au contraire poussé dans les cultures traditionnelles et les langues africaines. La langue française véhicule avec elle une liberté de ton, un esprit critique et analytique, souvent sarcastique, un désir d'instaurer un débat d'égal à égal, qui peuvent choquer. Dans des civilisations plus traditionnelles, la parole est plus donnée que prise, les interlocuteurs sont à la fois plus familiers et plus soucieux d'une distance respectueuse entre eux.

M.Didier Guignard, qui est bilingue en français et en allemand, a par ailleurs contesté la prétention du français à être une langue de raison. Ayant vécu longtemps en Allemagne, il a vu que nos cousins d'outre-Rhin ont une rationalité bien plus poussée et exigeante que nous autres latins. L'allemand verra dans la langue français une langue d'apparence rationnelle, mais souvent employée avec sentimentalité : la passion « latine » peut fausser les énoncés, les détourner de leur sens. L'Allemand est certainement beaucoup plus cérébral que le français. Mais M. Guignard d'ajouter, avec un grand sens du paradoxe : « Ce n'est pas lié à la langue. On parle en Autriche un allemand beaucoup plus convivial, léger, fantaisiste. »

Pour M. Guignard, le français veut tendre vers l'universalité, la rationalité, et la régularité. Mais il déroute aussi (et enchante) par ses particularismes et irrégularités innombrables, et sa propension à véhiculer une sentimentalité qu'on essaie de refouler. Le français est bien plus sanguin, emporté, passionnel que ne le voudrait Madariaga. Quant au « e-muet », il faut rappeler que l'accent du midi prononce tous les « e ». Le français du Sud s'oppose à la soi-disant supériorité de la langue pincée du Nord de la Loire. Au sud, on parle la même langue, mais la culture est différente. Il y a une plasticité de la langue, tout dépend de ce que l'on en fait. Une même langue a une grande variété de ton et de rhétorique.

Didier Guignard a rappelé que le « e muet » n'est pas l'unique spécificité de la langue française. C'est une des seules langues au monde où tout ce qui est qualificatif et attribut suit le nom. Ce n'est pas toujours le cas, et on connaît la différence entre un homme grand et un grand homme, une femme bonne et une bonne femme. En orient, on commence par décrire l'environnement et on arrive à l'essentiel. Le français, lui, est très analytique. Il place en tête de la phrase le sujet de l'action, suivi de tous ses compléments. Cela peut-il contribuer à la paix ? Rien ne l'indique.

Une langue n'appartient à personne. Les Africains peuvent faire ce qu'ils veulent de cette langue. Les langues africaines manquent d'académies pour codifier et structurer les langues.

4.    Francophonie et défense de la diversité culturelle

Pour certains, la francophonie n'a que secondairement pour but la promotion de la langue française. Elle se veut essentiellement une arme de résistance à l'hégémonie de l'anglais. C'est l'Astérix qui se dresse contre l'imperium anglais et fédère tous ceux qui se rebellent contre l'hégémonie au nom de la diversité. La francophonie se voudrait l'alliée de l'hispanophonie, de la lusophonie, de l'arabophonie. Et au-delà, la francophonie lancerait un appel général à préserver dans le monde entier la diversité culturelle et linguistique.

Là encore, la thèse a été débattue vivement. Certains ont fait remarquer qu'en France même, le Français a enfoncé les langues régionales (Occitan, Breton), dans le plus profond mépris. Le temps n'est pas si éloigné où, en Afrique, le missionnaire ou l'instituteur allaient faire honte au malheureux élève qui parlait sa langue maternelle à l'école.

Pourtant, plusieurs ont rappelé que la défense de la diversité est une composante sincère de la francophonie. La francophonie fait plus que l'UNESCO pour préserver et enseigner les langues africaines. On parle alors de « francophonie élargie ». D'autres intervenants ont préféré parler d'une francophonie polyphonique. Il faut en effet se rendre compte que la France n'a pas, loin s'en faut, le monopole de la langue française. Le français du Québec, de Wallonie, du Cameroun, est une variété de français, avec de nombreuses tournures et nuances, qu'il faut souvent « traduire » à des non initiés. Cette première réponse n'a pas satisfait tout le monde toutefois. Beaucoup soupçonnent le français d'être tout aussi impérialiste que l'anglais, même lorsqu'il prétend s'opposer à son hégémonie. L'impérialisme culturel n'est pas forcément conscient ni voulu. Et quelqu'un d'ajouter : « Si des Africains aiment vraiment la langue française et se trouvent à l'aise en français, tant mieux pour eux. Mais on peut penser que d'autres solutions sont possibles, où les Africains font bien plus d'efforts pour écrire, codifier, et défendre leurs langues. Il y a des choix à faire, et choisir le français parce qu'on l'aime ne convient pas partout. »

5.    Que penser de l'affirmation de Senghor : « La raison est hellène, l'émotion est nègre » ?

Différentes réponses ont été apportées à cette question. Pour M. Didier Guignard, la raison est souvent associée à une notion trompeuse de supériorité. Or la capacité d'une langue de véhiculer l'émotion est tout aussi importante. M. Babacar Dione a pour sa part souligné que le propos de Senghor devait être replacé dans son contexte. Senghor aimait la rationalité et était nourri de culture classique, mais il n'oubliait pas ses racines et cherchait un équilibre entre deux pôles, ses racines africaines, plus proches de l'émotion et du sentiment et sa familiarité avec la culture occidentale, davantage tournée vers la raison. Enfin, le professeur Ndaywel s'est démarqué assez nettement du point de vue de Senghor : « Cheikh Anta Diop a remis en cause par toute son oeuvre, ce point de vue de Senghor qui fossilisait les Africains, en les enfermant dans l'émotion. Diop et ses disciples ont mis en évidence l'étendue des connaissances rationnelles en Afrique et le fait que l'Afrique a été pour l'humanité entière un des berceaux de la rationalité. Cela soulève le problème plus général des liens entre le continent africain et la civilisation égyptienne antique.

6.    Les rapports entre L'UNESCO et la francophonie

Quels sont les rapports entre l'UNESCO et la francophonie : sont-ils des rapports de complémentarité, de  compétition, n'y a-t-il pas un risque que les deux organisations se neutralisent ?

Le professeur Ndaywel a rappelé que l'OIF était là pour rappeler utilement à l'UNESCO l'importance de la langue française comme langue de travail. Le français est une des six langues officielles de l'ONU, mais sa position est loin d'être toujours respectée. L'UNESCO est implantée à Paris. Elle devrait traiter en français. La francophonie est là pour rappeler à tous des engagements solennels fondateurs du cosmopolitisme moderne.

Isidore Ndaywel a précisé que la francophonie était au début un commonwealth regroupant la métropole et les anciennes colonies. De Gaulle n'en a pas voulu. Les Africains se sont organisés entre eux. Ce sont les Africains qui ont voulu se regrouper. « J'ai souvent vécu des situations où la France veut étendre son influence culturelle en s'opposant à la francophonie. »

7.    Réponses à quelques interrogations : intervention du professeur Isidore Ndaywel

Fonctionnaire de la francophonie, j'occupe le poste de directeur des langues et de l'écrit. Il y a des malentendus sur la francophonie. C'est d'abord et avant tout un espace de coopération entre pays ayant en partage la langue française et des valeurs.

Contrairement à de nombreuses idées reçues, la francophonie n'est pas la périphérie de la France. La France n'est pas l'Etat fondateur, mais un Etat membre. Il lui arrive d'y jouer un rôle essentiel, mais il existe en France, pour diverses raisons, une hostilité à la francophonie. Certains, redoutant qu'elle soit un instrument de néocolonialisme, mettent un point d'honneur à s'en détacher. D'autres estiment que le rayonnement de la France, de la langue et de la culture française sont du seul ressort de la politique étrangère de la France, et voient dans la francophonie une institution qui dessert les ambitions de l'Etat français, en les banalisant.

Personnellement, je crois que la francophonie a pour premier rôle de s'occuper du poids de la langue française dans le monde. La francophonie plaide pour la diversité des cultures, contre l'hégémonie d'une culture sur les autres. La place du français dans les institutions internationales nous préoccupe. Dans la francophonie, nous rappelons sans cesse une évidence admise par tous, mais pas toujours respectée : le Français doit être la langue dans laquelle s'exprime le secrétaire général de l'ONU.

Ensuite, je voudrais dire que s'il y a un endroit où la francophonie se porte bien, c'est l'Afrique. La demande du français est forte en Afrique, mais l'offre ne suit pas. Si on n'arrive pas à répondre à la demande de français, ce n'est pas par manque de désir, mais parce que les moyens manquent.. Le Nigeria et le Ghana veulent du français pour s'intégrer dans l'espace ouest-africain, mais nous manquons de personnel pour former des locuteurs francophones. L'Afrique du Sud aussi veut se mettre au français pour étendre son influence. Certains diront que c'est par ambition régionale, par impérialisme, mais peu importe : là aussi, il y a un manque de moyens.

Pour rendre plus visible la cause de la francophonie, on a vu qu'il était bon de créer des synergies. Puisqu'il s'agit avant tout, par la francophonie, de défendre la diversité des cultures, la francophonie a tissé des alliances stratégiques avec l'espace arabophone et la Ligue Arabe. Les francophones veulent créer des alliances avec les hispanophones et les lusophones également. Il n'est pas bon que l'anglais, souvent un anglais facile de bas de gamme, s'impose comme seule langue internationale. Si on peut l'éviter, c'est une bonne chose pour tout le monde, pas seulement pour la langue française. Mais ce n'est pas toujours facile de situer le débat sur ce terrain. Certains essaient toujours de placer le débat sur la « Françafrique », mais il ne faut pas tout mélanger. Je viens moi-même du Congo, un pays qui fut colonie belge. Ce pays est le plus grand pays francophone d'Afrique. Ce n'est pas le colonisateur belge qui nous a imposé le français, au contraire. Du temps des Belges, nos langues nationales publiaient beaucoup. En fait, c'est le Congo indépendant qui a voulu faire du français une langue nationale pour les Congolais, pour leur développement. La Françafrique n'explique pas tout, loin de là.

Dans de nombreux pays africains, le français est la langue officielle nationale, la langue de l'administration, de l'enseignement, souvent des media : pourquoi cette langue seconde, apprise par les enfants après leur langue maternelle africaine, est-elle la langue officielle ? C'est parce que sans elle, de nombreuses ethnies ne seraient pas en mesure de communiquer entre elles, ni d'accéder à une certaine universalité.

L'Afrique est le continent où coexistent le plus grand nombre de langues. On arrive fatalement à un aménagement linguistique, et certaines langues sont en position de force par rapport à d'autres : il est légitime de valoriser les langues maternelles, mais il faut savoir aussi que cela demande beaucoup de moyens que nous n'avons pas. Il y a en Afrique des langues d'intercommunication, une douzaine de langues en tout. Il n'y a pas de budget suffisant pour aller au-delà.

L'écrit permet de quitter l'oralité, sinon une langue est très fragilisée, dans un monde comme le nôtre. Pour écrire nos langues, de nombreux linguistes utilisent des signes diacritiques : le résultat est un ensemble illisible, y compris pour les locuteurs de la langue. Ce sont là des problèmes très réels. L'accès à l'internet en est un autre. On ira fatalement vers une mort des langues qui ne sont pas sur la toile. Pour sortir de leur marasme, nos langues devraient produire beaucoup plus : des manuels, des journaux, des romans en langue africaine.

Remarque générale :

On trouvera une bonne synthèse sur les principaux problèmes posés par la francophonie en allant sur le site

http://agora.qc.ca//francophonie.nsf/Dossiers



09/04/2008
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