Propositions pour un tourisme africain de qualité

Le 16 février 2008, la commission sur "le rêve africain" a travaillé sur les enjeux du tourisme en Afrique. Nous reproduisons ici l'exposé de M. William Goussanou. M. Goussanou est l'auteur d'une autre contribution sur ce blog : Le Rêve Africain : que peut-il être ?

L'image William Goussanou

Dans son allocution, le Dr Federer a, selon moi, touché les points essentiels (voir  sur le même blog le texte Le tourisme : un enjeu important pour le rêve africain ). A sa suite, j'interviens dans le cadre des deux commissions que propose la Fédération pour la paix universelle : la « dignité de la femme » et « le rêve africain ».

C'est la première fois que j'assiste à vos travaux et je suis touché par les 2 thématiques. « Afrique » et « femme », voilà deux bons indicateurs de la situation actuelle de l'humanité. Réfléchir à ces deux thèmes, c'est aussi réfléchir au type de personne que nous sommes.

Le sujet sur lequel j'interviens : le tourisme africain,  est un sujet stratégique. Il dépend de beaucoup d'autres éléments, et demande une ingénierie quelquefois complexe.

Le tourisme présente des points positifs indéniables, mais aussi des écueils dont il faut être conscient.

Le tourisme réussit à certains pays d'Afrique ; les réussites dans le domaine touristique ont des points communs qu'il est possible d'analyser et dont on peut éventuellement s'inspirer.

 Réussites touristiques en Afrique et politiques touristiques

Evaluons d'abord le poids de l'Afrique dans le marché mondial du tourisme ; en 2007, pour environ 900 millions de touristes dans le monde, 44 millions visitent l'Afrique. En nombres bruts, le continent africain représente environ 5% du tourisme mondial. Encore faut-il préciser que le tourisme en Afrique touche essentiellement un noyau de pays bien précis : l'Afrique du Sud, l'Egypte, la Tunisie, le Maroc, le Kenya, le Sénégal etc.


 


Pourquoi ces pays leaders réussissent-ils à conforter leur part de marché ? Outre leurs attraits naturels et culturels, ils ont une stratégie offensive pour attirer les touristes et ont développé les infrastructures adéquates. Dans ces pays, l'aide de l'Etat a aussi joué un rôle stratégique dans le développement des compétences, pour la mise en place d'une stratégie marketing à long terme, pour la normalisation, et à la mise en place de cadres légaux incitatifs.

L'Etat a donc un rôle important à jouer dans le tourisme ; ce rôle dépend de la réponse des politiques à la question suivante : quel choix de tourisme pour quel type de développement ? Cela suppose donc un choix au niveau étatique du type de tourisme, ce choix s'inscrivant dans un plan plus général de programme gouvernemental souvent  triennal ou quinquennal … La vision de la classe dirigeante ;  son degré de sensibilité aux effets pervers du tourisme, aux enjeux économiques, à l'environnement, à l'interculturalité… se traduiront par des choix plus ou moins intelligents. Il y a beaucoup d'éléments à prendre en compte pour une politique touristique ; c'est pour cela que je parlais d'ingénierie.

J'insiste sur ce fameux choix des politiques qui conditionne d'autres paramètres comme les flux ; les seuils de fréquentation des sites … Cela explique par exemple que l'Etat malien freine et régule le tourisme en pays Dogon ; c'est une stratégie de préservation. Autre exemple, le Bénin : Nouvelles Frontières avait démarché de pays pour des projets, et l'Etat béninois ne les a pas tous retenus.

Le Dr Federer nous a montré que le tourisme Nord-Sud  renforce parfois le fossé et les inégalités. Surtout dans sa mise en œuvre en tant que tourisme de masse. Les populations locales ne sont impliquées que pour des rôles de commis, et les bénéfices rapatriés à l'étranger. Cela fait même partie des dispositions inscrites dans le code des investissements de certains pays : liberté pour les sociétés étrangères de rapatrier tout leur bénéfice.

D'autres formes de tourisme sont envisageable en Afrique : le tourisme solidaire, le tourisme équitable, le tourisme psychothérapique, le tourisme balnéaire respectueux de l'environnement...

La question du tourisme en Afrique nous amène donc à nous poser une question sur les dirigeants africains : quelle est leur vision du monde ? Sont-ils des décideurs respectueux de l'environnement, des écosystèmes, ou sont–ils des marchands obsédés par le gain financier immédiat ? On peut faire des recommandations mais c'est le décideur africain qui a le dernier mot.

 Pour un tourisme de qualité en Afrique

Nous préconisons un tourisme solidaire, un tourisme responsable. Il faut informer sur les bienfaits du tourisme mais informer aussi sur ses effets pervers. Rencontrer l'autre, développer les échanges entre les cultures, voilà des aspects merveilleux du tourisme. Si le tourisme peut aider un nombre croissant de visiteurs à aimer sincèrement l'Afrique et les Africains, on ne peut que s'en réjouir. C'est à nous d'éduquer les jeunes, autant en Occident qu'en Afrique. L'Afrique doit miser sur l'éducation des acteurs et des jeunes. Les états africains doivent mettre en place des chartes interétatiques  de tourisme durable, et inviter les touristes à signer cette charte de bonne conduite, dès leur demande de visa.

Ensuite, il y a le problème de la formation des acteurs. Pour développer un tourisme durable et respectueux, il faut aller jusqu'au bout. Certains africains veulent se lancer dans le tourisme mais manquent de formation. Les entrepreneurs et acteurs du tourisme doivent bénéficier d'une formation en Management et comprendre qu'il faut  aborder son personnel non comme des salariés, mais plutôt comme des collaborateurs. Si vous n'en faites pas de véritables acteurs, ils ne se sentiront pas responsables.

Cette nécessité d'éduquer explique les récentes initiatives pour rendre les douaniers français plus accueillants.

Il est évident que le tourisme africain a encore des handicaps à surmonter :

- La insécurité sous tous ses aspects freine le développement du tourisme dans maints pays d'Afrique.

- Le respect des normes en matière d'hygiène restent ;

- Un autre aspect préoccupant, c'est la protection du patrimoine : beaucoup d'Africains ne sont pas assez vigilants sur des demandes qui paraissent amicales, et ne chercheront pas nécessairement à protéger des objets d'art, des savoir-faire, en particulier sur le plan médical ; de grandes firmes pharmaceutiques s'intéressent aux connaissances médicinales africaines, ce qui est normal. Mais l'Afrique doit établir de véritables partenariats et monnayer sa participation à l'amélioration mondiale de la santé.

- Je voudrais aussi mettre en garde amicalement sur certains dangers du tourisme chez l'habitant. La structure de la famille africaine est fragile. Cela peut paraître anodin, mais une famille occidentale pleine de bonnes intentions peut déstabiliser une famille d'accueil. En voyant les comportements de certains jeunes occidentaux, certains enfants africains voudront les imiter et ne prendront pas forcément « le meilleur », en tout cas aux yeux de leurs parents.

- Certaines organisations proposent des séjours qui permettent aux touristes d'aller travailler bénévolement en Afrique. De jeunes retraités qui vont passer 30 jours en Afrique, doivent consacrer 3 semaines à travailler bénévolement dans des villes où la majorité des adultes et jeunes diplômés sont sans emploi. Ces mêmes touristes imaginent à peine que de jeunes retraités africains puissent venir exercer librement en France ou en Belgique pendant leurs vacances en occident. Je trouve cela insensé dans pays paralysé par de forts taux de chômage. Pire, cela ne vise aucun transfert de compétences

-Aussi, il convient d'observer la plus grande prudence lors de l'envoi de jeunes occidentaux en difficultés (criminels, délinquants, sortis de prison…) en Afrique. L'objectif de les aider à changer leurs comportements n'est pas une mauvaise idée en soi. Il y a des cas indéniables de réussite. Il faut aussi savoir que si les jeunes en difficulté ne sont pas bien encadrés sur place, ce sont eux qui peuvent contaminer des jeunes africains. Tout est donc une question de contexte et d'encadrement. Il y a eu des expériences réussies mais aussi des tragédies.

Pour terminer, je dirais dire que le tourisme participera au « rêve africain » s'il s'inscrit dans une démarche où l'éducation est fondamentale : l'Education des jeunes à l'approche d'autres cultures, afin de former des touristes plus éclairés, l'Education des touristes au respect d'une certaine charte liée à l'obtention d'un visa car cela peut dissuader des arrière-pensées de tourisme sexuel par exemple ; éducation des pays africains à la gestion, à l'accueil, à la rencontre de personnes venues d'autres civilisations, afin que les échanges se fassent dans les deux sens.

Un tourisme qui met l'être humain au cœur de la démarche est un tourisme plein de bienfaits : il favorise la rencontre de l'autre et l'interculturalité.  Je terminerai avec un proverbe africain. « Le tourisme doit faire bouillir la marmite sans mettre feu à la maison. »

William Goussanou est béninois. Après des études de marketing, il obtient un master de Tourisme, Patrimoine Culturel et Développement à Paris 3.Son mémoire de DESS à l'Université en 2003 avait pour thème « Les Rencontres de la jeunesse africaine : une stratégie pour le développement durable et l'intégration africaine ».Son but : mobiliser la jeunesse africaine autour de projets porteurs de développement, raison pour laquelle il crée l'Institut Connectus, une association dont il est président. Pour résumer son action multiforme en faveur de l'Afrique, William dit joliment vouloir agir « pour que la force de l'amour dépasse l'amour de la force. »

Goussanou@gmail.com




01/03/2008
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